Traditions en Afrique du nord
Histoire de destruction de la ville de Tifza à l'époque des merinides
En cette cité y a plusieurs temples, prêtres et juges, qui gouvernaient jadis en mode de république; mais depuis, par les séditions, les habitants commencèrent à se bander les uns contre les autres, tant qu'il s'en ensuivit une grande tuerie.
Alors deux chefs de ligue expulsés, se transportèrent par devers le roi de Fez, lui demandant que de grace il plût à sa majesté leur donner aide et faveur pour entrer dans leur ville, lui promettant (en échange de ses secours) de la mettre entre ses mains; à quoi il s'accorda, envoyant avec eux 1000 chevaux, 500 arbalêtriers et 200 arquebutiers, tous bien montés et en bon équipage. En plus de cela, il manda à quelques Arabes ses vassaux qui s'appellent Zvaïrs (qui font environ 4000 chevaux) pour accompagner et suivre ces deux chefs, avenant qu'ils eussent besoin de leurs secours.
Ces choses ainsi ordonnées, la gendarmerie marcha sous la charge et conduite d'un fort brave et vaillant capitaine, appelé "Ezzeranghi", lequel ne fut pas plutôt arrivé, qu'il mit ses bandes en ordre serré, commençant à donner le choc à la cité qui était tenue par l'autre partie, laquelle s'était fortifiée dedans, ayant appelé à son aide les Arabes voisins qu'on nomme Bénigébirs, pouvant mettre en campagne environ 20000 chevaux.
Mais le capitaine en était déjà amplement informé; il leva incontinent le siége de devant la cité; puis, se jetant en campagne, vint à affronter les Arabes, qu'il suivit en 3 jours si vivement, qu'il les mit tous en route et les défroqua; au moyen de quoi il demeura maître de la campagne.
Et ceux de la cité, se sentant totalement privés et dévêtus (sans aucun espoir d'attendre plus le moindre secours qui fût), transmirent incontinent ambassades au capitaine pour traiter la paix, se soumettant de rembourser le roi de tous des frais, et plus que cela, de lui rendre tous les ans 10000 ducats, par tel si que la faction de dehors pourrait bien librement retourner dans la cité, mais sans s'entremêler de rien, ni avoir connaissance des négoces publics.
Le capitaine ayant fait entendre tout ceci aux deux chefs de partis, ils dirent en réponse: "Seigneur, nous connaissons notre portée; poussez hardiment; car nous vous promettons de rendre cent mille ducats et plus, sans nous oublier de tant que d'user d'aucune injustice, encore moins s'augmenter la moindre chose qui soit. Mais trop bien ferons restituer à notre partie adverse les usu-fruits de nos possessions, dont ils ont été jouissant pendant trois ans continuels, qui pourront monter jusqu'à la somme de trente mille ducats, que nous vous donnerons libéralement et du meilleur de notre coeur, en récompense des frais et dépens qui ont été faits en notre faveur. En plus de cela, nous vous ferons jouir du revenu de cette cité, qui peut valoir chaque année environ vingt mille ducats."
Après que le capitaine eut entendu cette belle offre, il fit soudainement entendre à ceux de la cité ceci:
"Seigneurs, le roi a donné foi à ces gentilshommes de ne les abandonner à leur besoin, ainsi les aider tant que ses forces se pourront étendre. Et pour autant que son plaisir est qu'ils obtiennent le gouvernement de la cité, et qu'il soit plutôt entre leurs mains qu'autrement, plusieurs causes le poussant à cela. Je vous veux bien avertir comme je suis capable (si vous voulez toujours être obstinés), avec l'aide de Dieu, de vous faire connaitre qu'il est en moi de vous faire payer le tout."
Ces paroles, ainsi bravement prononcées, suscitèrent un grand discord entre le peuple, pour autant que les uns voulaient se donner au roi, et les autres aimaient mieux se hasarder à maintenir la guerre; au moyen de quoi il s'éleva dans la ville une terrible escarmouche, dont le capitaine fut averti par les épies, qui, sans tarder, fit mettre pied à terre à la plus grande partie de ses gens. Les faisant venir aux approches de la cité avec les arbalêtriers et arquebutiers, d'une si grande ruse, accompagnée d'un merveilleux effort, qu'en moins de trois heures ils se trouvèrent dans la cité, sans perdre la moindre goutte de sang;
Ceux de dedans (qui tenaient pour le roi) s'étant unis ensemble, s'accostèrent d'une porte de la ville qui était murée, qu'ils mirent par terre, la démurant par-dedans; et au dehors était le capitaine, qui n'en faisait pas moins de son côté, ne se trouvant personne sur les murailles qui lui donnât empêchement; avec ce, la mêlée ne prit fin que le capitaine et la partie de dedans eussent déjà fourni leur entreprise, de laquelle étant venu à chef, les assaillants entrèrent dans la cité, plantant les étendards du roi sur les murailles et au milieu de la place.
Cela fait, le capitaine envoya les chevaux courir autour de la cité, pour retenir les fuyards, faisant publier à son de trompe, de la part du roi, et défendre sur peine de la vie, à toute personne, soldat ou citoyen, de ne sacmenter chose que ce fût, ni faire aucun homicile.
La crie faite, tout le tumulte cessa, et furent rendus prisonniers tous les chefs des principaux de la partie adverse, auxquels le capitaine fit entendre qu'ils seraient détenus jusqu'à ce que le roi en eût autrement ordonné, et qu'il fût remboursé entièrement de tous ses frais et dépens qu'il avait frayés un mois durant à la solde de la cavalerie, qui montaient à la valeur de douze mille ducats, laquelle somme fut, par les femmes et parents de ces chefs, restituée.
Mais les deux autres se présentèrent puis après, disant qu'ils voulaient être remboursés des usufruits de leurs possessions pour trois ans, à quoi le capitaine fit réponse que cela ne lui touchait en rien, et qu'il fallait que les juges et docteurs en eussent la connaissance, pour rendre droit à qui il appartiendrait, par quoi les autres pourraient encore garder les prisons cette nuit. Toutefois les prisonniers commencèrent à dire: Comment, seigneur capitaine, nous voulez-vous manquer de foi, vu que vous nous avez promis que le roi étant satisfait, vous nous remettriez en liberté ?
Et le capitaine se trouva en situation bien favorable; et par ruses et mensonges ils parvint à retirer à ces prisonniers une somme merveilleuse (en échange de quoi il leur accorda vie et liberté) qu'il envoyât au roi de Fez.
Au moyen de quoi le roi de Fez s'empara de la cité, qui demeura sous le gouvernement du capitaine Ezzeranghi jusqu'à ce que les Arabes le tuèrent en trahison; et en tire le roi, de revenu, vingt mille ducats par an, qui est quand même une grande somme, n'ayant de revenu plus de trois cent mille ducats, encore ne s'en vit-il jamais cent mille en main, et son père encore moins.
Ces choses se passèrent en l'an 915; mais une chose bien mémorable, est qu'il se trouva un seul juif qui paya plus que tous les prisonniers ensemble; pour autant que l'on fut averti, par épies, de ses grandes richesses, lesquelles, avec le juif, furent mises entre les mains du roi, qui fut l'occasion que tous les juifs furent taillés à cinquante mille ducats, par voie de justice, pour avoir donné faveur à la partie adverse du roi.
Tags: ville berbere
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Dernière mise à jour: 2009-08-17 21:46
Auteur: obama
Révision: 1.2
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